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Centre de ressources

Conversion des peupleraies en milieu ouvert

Objectifs : 

L’objectif est de réhabiliter le milieu après exploitation des peupleraies, plantées en zones humides de fond de vallée.

Contexte : 

Le PNR du Vexin français présente des zones humides de fond de vallées, soumises à différentes menaces :

  • L’abandon de l’utilisation traditionnelle des prairies humides pâturées, qui sont alors soumises à la dynamique naturelle de recolonisation par les ligneux
  • Le creusement d’étangs
  • Le drainage des parcelles pour la plantation de peupleraies.

Ce phénomène, qui a commencé dans les années 50, permettait aux propriétaires de valoriser les terrains qui n’étaient plus exploités. Ce type de plantation représente aujourd’hui environ 70% des fonds de vallées du territoire du Parc.

Aujourd’hui, même si les plantations de peupliers sont moins fréquentes car moins rentables (concurrence des pays de l’Est, impact des tempêtes et des maladies…), la conversion de prairies humides en peupleraies persiste, notamment en raison du maintien des subventions de l’État pour la populiculture.

Dès sa création en 1995, le PNR du Vexin français a mené des actions de sensibilisation auprès des élus et des propriétaires de peupleraies afin de leur faire prendre conscience de l’intérêt de maintenir un équilibre entre peupleraies et zones humides.

Démarches et résultats : 

Le PNR du Vexin français a inscrit dans sa Charte le paragraphe suivant « Concernant les zones et milieux humides, les signataires de la Charte s’engagent à les protéger. Les fonds de vallée et prairies humides n’ont pas, par ailleurs, vocation à un développement des boisements de production comme les peupleraies ». Cette mention n’a cependant pas de valeur réglementaire. Il s’agit plutôt d’une incitation. Par ailleurs, l'objectif du Parc n'est pas non plus de freiner toute activité de populiculture, tant que celle-ci ne se fait pas au détriment du réseau de zones humides. Le Parc ne mène pas une stratégie globale à l’échelle de son territoire sur l’effacement des peupleraies. Il intervient lorsque l’opportunité d’action se présente : connaissance d’une peupleraie en fin d’exploitation, demande particulière d’une commune…

Afin d’inciter à l’effacement des peupleraies, le Parc soutient les communes pour les projets d’acquisition et de réhabilitation d’anciennes plantations de peupliers, à hauteur de 80%. Ces crédits proviennent de lignes spécifiques du Contrat Parc et non pas de reversements de subventions d’autres structures (Europe, État…). Par ailleurs, l’Agence de l’Eau peut également co-financer ce type de restauration de zone humide.

Le Parc intervient lorsque la peupleraie arrive en fin d’exploitation, afin de proposer aux propriétaires une autre utilisation de l’espace après la coupe. En terrain communal, le Parc intervient directement auprès de la commune. En terrain privé, il est préférable d’avoir recours à la maîtrise foncière, soit par la commune (aidée financièrement par le Parc à 80%), soit par une autre structure comme le Conseil Général, dans la mesure où un programme de restauration est prévu derrière. En effet, il est plus difficile d’avoir des initiatives privées.

Le Parc ne présente d’ailleurs pas d’exemple de financement de reconversion d’une peupleraie en domaine privé, ce qui est le cas pour beaucoup d’autres territoires de Parc. Le PNR du Vexin français propose pourtant une aide Parc destinée aux privés, afin de financer la restauration des milieux naturels d’intérêt patrimonial à 60%. Mais la charge restant au propriétaire est généralement trop importante, le Parc ne perçoit quasiment pas de demande. Le Parc propose ensuite aux communes la conversion en prairie ou en mégaphorbiaie, selon les potentialités du milieu et les possibilités d'entretien du gestionnaire. La deuxième solution est la plus courante dans la mesure où pour une prairie, le dessouchage nécessaire représente un coût important.

Cependant, la rémanence des souches peut parfois compliquer par la suite les interventions mécaniques. Il paraît judicieux dans ce cas de figure de réaliser à minima un rabotage. Il n’est généralement pas nécessaire d’effectuer un semis sur les parcelles suite à l’abattage des peupliers, car le Parc présente en fond de vallée des sols de nature tourbeuse. Cette action peut être utile sur d’autres territoires présentant des sols plus pauvres. Un semis de fin d’été de mélange légumineuses/herbacées peut alors être réalisé afin de favoriser la reprise de la végétation et assurer le retour d’une prairie agronomiquement intéressante pour le bétail. Choisir de faire un semis avant la fauche ou la pâture peut dépendre également de la vocation de la parcelle (activité économique ou écologique avec une gestion conservatoire). Dans le Vexin, l'objectif est toujours de privilégier la restauration du milieu d'origine, dans sa phase herbacée, et de révéler la banque de graine encore enfouie dans le sol.

Le bois de la peupleraie n’est pas valorisé outre mesure. Il est simplement vendu par le propriétaire (ONF ou forestier privé). Dans certains Parcs, le bois est valorisé sous forme de plaquettes pour le bois de chauffage. Afin de maintenir ouvert le milieu restauré, un entretien par fauche avec exportation ou par pâturage peut être mis en place. La difficulté dans le second cas est de trouver un éleveur possédant des races adaptées (conditions difficiles de pâturage en zone humide) acceptant d’exploiter les terrains. Dans le cas d'une fauche, les matériaux doivent être exportés pour ne pas enrichir à nouveau le milieu. Dans le Vexin cela pose souvent problème, les dates de fauche et la nature des produits ne permettant pas une utilisation en produit de fauche commercialisable ou échangeable. En général, et cela se confirme sur d’autres Parcs, la gestion mise en place suite à ce type de restauration est de type pâturage de conservation avec des animaux souvent rustiques, sans objectifs de rentabilité économique.

Résultats/Perspectives :
Un bon exemple de cette politique d’aide à l’effacement des peupleraies est l’opération de restauration qui a été réalisée sur le marais de Frocourt, dès 1996. Ce marais est un site de 58 ha appartenant au Syndicat intercommunal du marais de Frocourt regroupant les trois communes riveraines depuis 1952. Il correspondait autrefois à une vaste prairie humide pâturée par des bovins, mais a été planté de peupliers dans les années 1950 par l’ONF. En 1996, le Syndicat n'a pas souhaité reconduire la peupleraie après la coupe d’exploitation pour des raisons de rentabilité financière (contexte économique du peuplier moins intéressant, nombreuses pertes à cause des tempêtes, maladies…).
Le PNR du Vexin français a alors proposé au Syndicat la mise en place d’une expérience pilote de réhabilitation du milieu consistant à restaurer une prairie humide sur 20 ha (correspondant aux deux parcelles exploitées) et reconstituer une forêt alluviale aulnaie-frênaie sur les 30 ha restant. Les parcelles exploitées ont fait l’objet d’un débroussaillage avec exportation, essentiellement manuel (débroussailleuses à main et tronçonneuses) et à l’aide d’un tracteur à pneus basse pression. Les souches, qui n’ont pas été retirées en raison du coût élevé de l’opération, compliquent aujourd’hui la gestion mécanisée du site (irrégularité du terrain, rejets…).

Afin de maintenir le milieu ouvert, un pâturage extensif a ensuite été mis en place à l’aide de six chevaux camarguais qui ont été accompagnés environ 3 ans plus tard de dix bovins salers. Le pâturage mixte s’avère très efficace (et indispensable) pour avoir un impact sur l’ensemble de la végétation (complémentarité de l’alimentation). Des opérations de fauches complémentaires ont néanmoins été nécessaires pour contrôler le développement important de la Reine-des-prés, espèce de mégaphorbiaie consommée par les chevaux uniquement au stade de jeune pousse. Deux mares aux berges en pente douce ont également été créées dans le cadre de ce projet de restauration, afin de favoriser le développement de la faune et la flore inféodées aux habitats des bas-marais alcalins. Le système de drainage n’a pas été retiré, mais simplement abandonné de façon à ce que les fossés se comblent naturellement.
L’objectif est de favoriser une meilleure répartition de l’eau sur le site. Suite à une étude hydraulique, le Parc projetait de mettre en place un système de vannage sur un drain afin de maintenir les niveaux d’eau à l'entrée du marais. Cependant, les services de l'État refusent une telle opération, ainsi que celle qui consiste à poursuivre le maintien de l'ouverture du milieu sur les autres parcelles exploitées, au motif que toutes ces parcelles sont en Espace Boisé Classé (EBC). L’augmentation des niveaux d’eau entrainerait ainsi un « déboisement indirect » et le maintien de l'état « ouvert » du milieu correspondrait alors à une modification de l'état boisé du site. Une solution serait la révision du PLU de la commune afin de lever l'EBC, ce qui n’est pas prévu dans l’immédiat.

Cette opération de réhabilitation du milieu sur Frocourt a abouti grâce à l’implication de nombreux partenaires :

  • L’association des Camarguais du Vexin, réseau de propriétaires mettant à pâturer leurs chevaux sur le site depuis le début de l’opération
  • La ferme de la Bergerie, propriétaire des salers
  • L’association d’insertion Vie-Vert réalisant opérations de fauche, débroussaillage et mise en place des clôtures
  • Le Syndicat intercommunal de gestion du marais, propriétaire du site
  • Le Conseil Général du Val d’Oise, financeur depuis 2004 Le PNR du Vexin, maître d’ouvrage du projet de restauration à l'origine et co-gestionnaire depuis 2004 du site devenu ENS, selon une convention établie avec le CG.

Le Parc est aussi opérateur du site Natura 2000 « Vallée de l'Epte francilienne et ses affluents » dans lequel est situé le marais. Le PNR du Vexin français a suivi l’évolution du milieu après restauration, mais de manière empirique.
Il n’y a pas eu de protocole établi. L’opération est aujourd’hui concluante, mais la restauration du milieu a toutefois été très lente (une quinzaine d’années pour un milieu ayant évolué favorablement mais pas encore tout à fait de manière satisfaisante) et a nécessité de nombreux ajustements (fauches pour lutter contre l’envahissement de la Reine des près, problème de prolifération de l’Iris des marais au détriment des graminées, recherche d’un pâturage complémentaire à celui des chevaux…). L'objectif est de mener d'autres opérations de ce type, au gré de l'opportunité des coupes d'exploitations et du bon vouloir des communes ou des propriétaires privés.

Atouts et limites : 

Opportunités / Atouts :

  • L’implication de multiples partenaires a permis de mener à bien l’opération de restauration sur le marais de Frocourt.
  • Le contexte économique des peupleraies incite les propriétaires à changer la vocation de leurs parcelles.
  • En réseau Natura 2000, l’évaluation des incidences nécessaire pour tous projets susceptibles d’affecter un site de manière significative, permet de repérer les nouvelles plantations ou les retournements de prairies et d’agir auprès des propriétaires avant qu’il ne soit trop tard. Afin d’empêcher la plantation des peupleraies, il peut également être opportun d’utiliser l’outil des Plan de Prévention des Risques d’Inondations (PPRI). En effet, les peupleraies plantées en vallée alluviale trop près des cours d’eau peuvent présenter un risque de chute d’arbres, et donc d’embâcles susceptibles de provoquer des dommages ou des destructions d’ouvrages.
  • Le différentiel de valeurs cynégétiques entre peupleraies et prairies ne semble pas être un sujet de conflit pour les chasseurs. En effet, les peupleraies peuvent présenter des zones refuge pour le grand gibier, mais ne sont pas spécialement prisées des chasseurs. Les prairies sont des habitats importants en tant que zone refuge ou d’alimentation pour de nombreuses espèces sauvages.

Difficultés rencontrées / Limites :

  • Le retour à un milieu prairial satisfaisant a été très long et a demandé de nombreux réajustements.
  • Le changement de vocation des EBC entraîne le paiement de la taxe de défrichement pour les communes, dont le montant n’est pas négligeable. Pour le marais de Frocourt, elle représentait le double du montant des financements pour la restauration du site. Le Parc a déposé en 1996 une demande de dérogation de taxe de défrichement pour les communes auprès du Ministère de l’agriculture. Cette demande a été acceptée, notamment grâce au soutien de la DIREN et du cabinet du ministre de l’environnement. D’autres solutions pour conserver le classement EBC peuvent être envisagées, mais ne sont pas forcément acceptées par les services de l’État : maintien de la peupleraie sur une portion de la parcelle, taux de boisement très faible (20%) permettant de constituer un milieu ouvert avec une densité lâche… Ce dernier exemple n’a pas exemple pas été autorisé par la DDT du Val d’Oise qui imposait un taux de boisement à 90%
  • L’estimation des domaines semble sous-estimée dans certains cas. Le prix de vente est parfois bien supérieur à l’estimation, ce qui empêche l’intervention des acteurs des milieux naturels (Parcs, État, Agences de l’Eau…) dans la maîtrise foncière, notamment pour l’acquisition certains sites de zones humides remarquables.

Remarque : Une autre manière de répondre à la problématique des peupleraies est de reconvertir ce boisement en un autre milieu naturel forestier, plus écologique, de type aulnaie-frênaie. Dans certains cas en effet, il paraît nécessaire de ne pas effacer une peupleraie, dans la mesure où elle représente un milieu de substitution pour certaines espèces, dont des insectes forestiers, qui ne trouvent plus d’autres zones refuges dans les vallées alluviales.
La conversion d’une peupleraie en une aulnaie-frênaie porte toutefois à discussion quant à la naturalité de ce boisement et sa sensibilité aux maladies. Cette formation ne présente en outre pas la même rentabilité que les peupliers (croissance plus longue, filière différente…). A défaut de restauration, si la peupleraie doit être maintenue, il peut être envisagé la mise en place d’une gestion écologique de la plantation. En effet, les organismes forestiers (CRFP, ONF…) sont contre l’effacement de peupleraies, mais certains peuvent se montrer favorables à une gestion écologique. D’autres cependant y sont opposés dans la mesure où la peupleraie est une culture.

Date de début : 
1996
Région : 
Île-de-France
Type d'intervention : 
Participation - gouvernance - concertation
Partenaires : 

AESN , communes / intercommunalités (syndicats de bassin, communautés de communes, etc.), Conseils généraux (Yvelines, Val d'Oise), DDT

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