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Centre de ressources

Les mares, aménagements de maîtrise des ruissellements

Objectifs : 

L’objectif était de réduire le ruissellement sur le bassin versant.

Contexte : 

Avec l’évolution de l’agriculture au cours du XXe siècle, les vergers et pâtures autrefois présents sur le bassin versant de la commune de Montalet-le-Bois (1 300 ha) ont majoritairement disparus au profit des cultures.

Depuis lors, cette commune connaît de fortes problématiques d’inondations et de coulées de boue. En effet, les fortes pentes, la nature argileuse des sols et l’absence d’obstacles au ruissellement constituent des facteurs de risques lors d’épisodes de fortes précipitations pouvant provoquer des phénomènes de ruissellement et d’érosion des sols.

Face à ce constat, le Conseil Général des Yvelines a alloué une subvention de 380 000 € au Syndicat Mixte Intercommunal de Gestion des Eaux de Ruissellement de la Montcient et des ses Affluents (SMIGERMA) pour réaliser une étude diagnostique et des propositions d’actions pour maîtriser les eaux d’écoulement afin de limiter les phénomènes de ruissellement.

Le Syndicat Mixte a eu le rôle de maître d’ouvrage pour l’étude et les travaux d’aménagement. Un salarié du Parc (Romuald COSSON, animateur de contrats de bassin) a été mis à disposition du Syndicat pour ce projet.

Démarches et résultats : 

Le bureau d’études EGIS a été commandité pour réaliser l’étude hydraulique préalable aux travaux. Un premier projet de 12 ouvrages avait été calibré pour des pluies centennales (aires de surstockage, mares, fossés à redans, haies). Mais face au coût de ce dernier, le projet a été revu à la baisse, sur une base d’occurrence vingtennale.

Sur le projet initial, les 4 ouvrages les plus pertinents et les plus efficaces en matière d’impact sur le ruissellement ont été retenus :

  • 2 aires de surstockage en série de 4000 m² (débit de fuite de 200L/s) et de 6700 m² (débit de fuite de 500L/s). 
    Ces aires sont des retenues sèches réalisées en déblai/remblai avec utilisation des matériaux des sites pour constituer des digues en fer à cheval. Ces ouvrages de régulation permettent de stocker les eaux temporairement en cas de crue et de les restituer à un débit régulé acceptable à l’aval. Sur un des ouvrages, les études géotechniques ont mis en évidence la nécessité de traiter les matériaux à la chaux pour réduire leur siccité et permettre leur compactage.
    Les parements de digue (2/1) n’ont pas été aménagés en pente douce afin de réduire au maximum l’emprise au sol. La digue une fois compactée, a été pourvue de grilles anti-fouisseurs (lapins, rats musqués, ragondins…), susceptibles de creuser des galeries pouvant fragiliser la structure. Le remblai a été recouvert par la terre végétale décapée et ensemencée par de la jachère mellifère. L’intégration paysagère, outre le positionnement stratégique en matière de collecte de l’eau, a été prise en compte : l’une des aires a été créée au niveau d’une dépression en friche, à l’orée d’un bois, la seconde a été aménagée sur une parcelle agricole derrière un bosquet.
     
  • 2 mares de 300 m² (débit de fuite de 10L/s) à l’orée du bois de Galluis Prévues initialement en tant que retenues sèches (petites aires de surstockage), il a été convenu avec le chargé de mission Faune/Flore du Parc (Nicolas GALAND) de les concevoir avec présence d’eau de manière permanente afin qu’elles assurent, en plus du rôle de lutte contre le ruissellement, un rôle d’habitat et de site de reproduction pour les amphibiens.
    Sur-creusées au dessous de l’ouvrage de fuite, leur capacité de stockage n’a pas été modifiée. La partie située au dessous de l’ouvrage de sortie est en eau de manière permanente. Les mares ont ainsi pu conserver tout leur intérêt en matière de lutte contre le ruissellement prévu dans le projet. La dimension « biodiversité » des mares a fortement été prise en compte pour leur création. Un travail étroit avec le chargé de mission Faune/Flore a permis de réaliser ces aménagements de manière écologique : talutage des berges en pente douce, faible hauteur d’eau permettant l’implantation des hélophytes, utilisation de terre végétale, colonisation naturelle (aucune plantation réalisée)…

L’objectif était de créer des milieux de substitution aux mares forestières disparues. Le projet a ainsi permis d’améliorer le réseau des mares forestières, dans la mesure où il ne restait que des reliquats dans le bois de Galluis. Un réseau de 800 mètres linéaires de haies ainsi qu’un bassin d’infiltration ont également été mis en place. Les haies ont été positionnées sur la zone où avaient été constatées les formations de coulées de boue. Elles n’ont pas de rôle de stockage (pas d’impact sur le volume des crues), mais permettent d’allonger la durée de la crue (réduction du pic d’intensité).

Les sites pour ces aménagements ont été sélectionnés suite aux résultats de l’étude hydraulique. Ils n’étaient cependant pas disponibles à la vente. Or, une des conditions du Conseil général pour l’attribution des subventions était la maîtrise foncière par le Syndicat mixte des parcelles où allaient être mis en place les dispositifs, afin de garantir le maintien des ouvrages. Le bureau syndical présentait l’avantage d’être composé de personnes originaires du coin et d’agriculteurs, ce qui a facilité les échanges avec les propriétaires et a permis de convaincre ces derniers plus facilement de céder leurs parcelles.

Le projet se voulant être exemplaire en matière de concertation, le Syndicat mixte ne voulait pas avoir recours à l’expropriation en passant par une DUP. Une convention d’usage a été signée avec l’agriculteur qui exploitait la parcelle où a été mise en place l’aire de surstockage amont. Il est ainsi autorisé à exploiter les terrains à l’intérieur de l’aire à titre gracieux, en sachant qu’il ne pourra pas demander compensation le jour où la parcelle sera inondée. Afin de suivre cette action, un Comité de Pilotage a été créé en 2004. Il est constitué du bureau du SMIGERMA, du Parc (Romuald COSSON), de la DDT78, du Bureau d’Études EGIS et des agriculteurs concernés.

Résultats :
Les travaux ont eu lieu durant les étés 2010 et 2011. Selon la délibération du Comité syndical du SMIGERMA, l’entretien des aménagements (fauche, curage des ouvrages…) sera effectué par les communes de Montalet et de Lainville et le Parc sera chargé de son suivi. Le projet a perdu en efficacité par rapport à ce qui avait été prévu initialement avec les 12 ouvrages, car la capacité de stockage est moindre. Cependant, par rapport aux enjeux d’une crue vingtennale, le projet répond tout à fait aux objectifs. Les aménagements ont montré leur efficacité en matière de lutte contre le ruissellement lors d’un épisode pluvieux d’intensité modéré en 2011. L’aire de surstockage amont s’est remplie d’une vingtaine de centimètres, démontrant une amorce de stockage des eaux de ruissellement. L’efficacité des haies pour lutter contre les départs de coulées de boue a été constatée, excepté au niveau d’une discontinuité sur 6 m dans la haie, qui avait été conçue pour le passage des tracteurs. Suite à ce constat et en accord avec les agriculteurs, la continuité de la haie a été rétablie, et une nouvelle entrée pour les tracteurs a été créée sur un autre côté de la parcelle.

Perspectives :
Au printemps 2012, le Parc projette d’évaluer l’intérêt environnemental de ces mares, au travers d’inventaires floristiques et faunistiques qualitatifs (notamment batrachologiques). L’objectif sera d’évaluer l’efficience de la recolonisation naturelle. Le Syndicat Mixte avec le concours du Parc a pour projet d’implanter des ruches au niveau des mares créées, qui pourront valoriser la jachère mellifère mise en place sur les digues des aires de surstockage.

Atouts et limites : 

Tous les acteurs du bassin versant ont été intégrés à ce projet dès les études préalables, ce qui a permis de trouver des solutions techniques les moins pénalisantes vis-à-vis des usages. Les ouvrages tels que réalisés protégeront la commune de Montalet-le-Bois des crues d’occurrence vingtennales. Pour les crues plus importantes, la situation sera améliorée, mais le bourg ne sera pas totalement protégé des inondations.

Aujourd’hui, le projet finalisé fait figure d’exemple. Des établissements scolaires l’ont retenu comme projet pédagogique. Des visites sont prévues pour les élus voisins rencontrant des problématiques similaires sur leur territoire.

Date de début : 
2004
Date de fin: 
Jeudi 6 Jan 2011
Région : 
Île-de-France
Type d'intervention : 
Expertise technique

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