© PNR Massif des Buages
Centre de ressources

Préservation des zones humides au travers du tourisme ornithologique

Objectifs : 

Préservation des zones d’accueil de la Grue cendrée sur le territoire et sensibilisation au travers d’une démarche concertée de valorisation touristique.

Contexte : 

Les Landes de Gascogne sont devenues un territoire majeur d’hivernage pour les Grues cendrées depuis quelques années. Les Grues cendrées sont une espèce migratrice qui se reproduit en Europe de l’Ouest et traverse la France en diagonale à l’automne pour rejoindre les terres espagnoles afin de passer l’hiver. Les Landes de Gascogne constituent un territoire d’étape dans cette migration. Les plantations de pins au détriment de la lande au milieu du XIXe siècle ont largement réduit les zones d’accueil pour les grues, qui poursuivaient leur voyage jusqu’en Espagne.

Dans les années 70, le développement de la maïsiculture a redonné des conditions favorables pour le séjour des Grues cendrées :

  • Sites de gagnage : parcelles agricoles qui permettent l’alimentation des Grues (grains de maïs tombés au sol après récolte)
  • Sites dortoirs : refuges constitués par deux grandes zones humides : le camp militaire du Poteau à Captieux et la réserve nationale de chasse d’Arjuzanx, tous les deux en sites Natura 2000 (plus d’autres plus petits sites dortoirs dispersés)

Ainsi, les Landes de Gascogne sont devenues une des plus importantes zones d’hivernage d’Europe, évitant aux oiseaux le franchissement des Pyrénées. Durant l’hiver 2010/2011, 63 000 grues ont séjourné dans les Landes de Gascogne. Les enjeux de conservation sont donc importants, étant donné que ¼ des grues d’Europe de l’Ouest hiverne en Landes de Gascogne, tandis que les ¾ transitent.

Conscients de l’atout que constitue la présence des Grues cendrées sur le territoire, le Parc et les autres acteurs du territoire se sont rassemblés pour définir une démarche de préservation et de valorisation de l’espèce et des milieux qu’elle occupe.

Démarches et résultats : 

Le Parc s’investit depuis 1992 avec la LPO, la Chambre d’Agriculture et la Fédération des chasseurs sur le suivi de l’espèce, l’amélioration des connaissances, la préservation et la gestion des sites d’accueil de la Grue cendrée sur le territoire.

Sur la base de ce socle de travail interdisciplinaire, un organe de concertation a été créé en 2005 afin d’engager un nombre d’acteurs élargi, autour d’une démarche concertée et responsable en faveur d’un tourisme ornithologique. « Grus Gascogna » est ainsi une charte d’engagement permettant une démarche partagée de conservation de l’espèce dont la sensibilisation est un élément clé. 6 partenaires sont engagés dans Grus Gascogna :

  • La chambre d’agriculture des Landes : rôle dans l’assolement, sensibilisation des agriculteurs
  • La LPO Aquitaine : suivi scientifique, connaissance et animation
  • Le PNR Landes de Gascogne : suivi scientifique, relation milieux/espèces (actions intégrées à la Mission « Patrimoine Naturel » du Parc), animation et coordination du projet d’écotourisme ornithologique.
  • Fédération départementale des Chasseurs des Landes : gestion de sites dortoirs
  • Syndicat Mixte de gestion des milieux naturels de la réserve d’Arjuzanx et le Conseil Général des Landes : gestion de sites dortoirs et animation

L’adhésion de ces acteurs à la Charte a été facilitée par le fait que la préservation de la Grue cendrée fait l’objet d’un consensus fort et ne nécessite pas un changement des pratiques (notamment agricoles et cynégétiques). Ces six partenaires œuvrent ensemble à la connaissance, la préservation et la valorisation touristique de la Grue cendrée sur le territoire des Landes de Gascogne. Au travers de cette espèce emblématique, la valorisation touristique permet également de faire passer des messages, aborder d’autres thématiques telles que le patrimoine naturel, les zones humides… Il existe également une coopération entre territoires (lac du Der, Allemagne, Suède) pour partager les retours d’expériences : des voyages d’études ont été organisés au Lac du Der ou en Espagne sur les problématiques agricoles.

Les enjeux du développement touristique autour de la Grue cendrée étaient doubles :

  • Canaliser la fréquentation touristique pour éviter le dérangement de l’oiseau (des observations autonomes s’étaient développées suite à la forte médiatisation), surtout à cette époque de l’année où la constitution des réserves est nécessaire pour passer l’hiver, voire migrer en Espagne. Cette canalisation permet également de réduire les risques de conflits d’usages avec les acteurs locaux (agriculteurs, chasseurs, habitants…).
  • Développer une activité complémentaire pour le tourisme hivernal

Il est certain que le développement d’une activité touristique centré sur la Grue cendrée et la promotion de cette dernière sont de nature à augmenter la fréquentation touristique autonome. Le Parc fait néanmoins le pari qu’elle aura moins d’impact si l’activité est encadrée. En effet, même sans promotion, la fréquentation autonome existerait car la Grue est un oiseau « qui ne passe pas inaperçu ».

Le développement d’un éco-tourisme impliquant les acteurs du territoire Le Parc a donc contribué à promouvoir une véritable offre touristique tournée autour de la Grue cendrée :

  • Visites/sorties guidées de sites durant tout l’hiver (de novembre à février) (Réserve d’Arjuzanx, Parc ou LPO)
  • Journées Grues, avec déplacement en bus et animations durant le trajet (Parc)
  • Week-ends thématiques en partenariat avec 4 Gîtes Observatoires :
  • 1 observatoire majeur sur le site d’Arjuzanx de 12 m de hauteur, à proximité du dortoir
  • 2 observatoires sur le site d’Arjuzanx, plus éloignés mais en libre accès
  • 1 observatoire de la LPO/Fédération de Chasse en bordure d’un site de gagnage
  • Un réseau de onze hébergeurs (gîtes et chambres d’hôtes) relais de l’information et de la sensibilisation sur les grues
  • Sorties ciblées « photographie »
  • Fête de la Grue en novembre (organisée depuis 2010 à l’initiative du Syndicat mixte de gestion des espaces naturels de la réserve d’Arjuzanx) : nombreuses manifestations telles que conférences, expos photos, animations, sorties…

L’originalité de la démarche est, outre la constitution de l’offre touristique, d’avoir réussi à impliquer 11 hébergeurs. Des rencontres techniques et des formations sont organisées par le Parc chaque année, avec l’appui technique du réseau Grus Gascogna, afin de transmettre les connaissances sur cet oiseau et sensibiliser un public non spécialiste, dont les hébergeurs. Ces formations connaissent un succès important dans la mesure où 50-60 personnes s’inscrivent chaque année, dont les hébergeurs déjà impliqués dans la démarche, ceux qui sont intéressés et des élus. Ces journées sont organisées autour de sorties terrain et de séances en salle. En 2011, des intervenants suédois et allemands ont participé à la formation qui s’est déroulée pendant la fête de la Grue, afin d’apporter leur retour d’expérience sur la conciliation entre fréquentation touristique et quiétude de l’oiseau. Les hébergeurs sont ainsi par la suite aptes à renseigner les touristes sur les grues, les sensibiliser, leur indiquer la bonne conduite à avoir et les conseiller pour les sorties. Ces hébergeurs mettent à disposition de leurs hôtes jumelles et livres spécialisés. L’enjeu est de mobiliser la population locale dans la démarche d’accueil et de sensibilisation du public. Les partenaires de Grus Gascogna essayent donc d’initier une appropriation collective au travers de ces formations et d’autres évènements locaux, tels que la Fête de la Grue. L’avantage d’un tourisme ornithologique centré sur la Grue cendrée est de s’appuyer sur une espèce phare, plus « parlante » et plus « vendeuse » qu’une action de valorisation sur l’ensemble des oiseaux d’eau. En Lorraine par exemple, le Parc travaille sur différentes espèces emblématiques mais rencontre des difficultés de mise en tourisme. Il semble donc préférable de travailler avec une espèce emblématique pour que tous les acteurs, y compris ceux qui ne sont pas spécialistes ornithologiques, puissent s’y retrouver et intégrer facilement les connaissances de base.

Les animations et visites guidées sont organisées par la Réserve d’Arjuzanx sur son site (spot majeur, accueillant 30 000 grues et les ¾ des touristes), mais également par la LPO, le Parc ou un animateur indépendant sur d’autres sites. En tout, ce sont 8 animateurs ornithologiques qui travaillent sur la sensibilisation du grand public à l’oiseau et les milieux auxquels il est inféodé. Lorsque les animations sont organisées dans le cadre d’un séjour chez les 11 hébergeurs impliqués, la commercialisation se fait en direct : le client règle l’intégralité de la prestation à l’hébergeur qui redistribue ensuite aux animateurs le coût de la prestation. Cette solution, mise en place au départ dans un esprit de faciliter la démarche, sera à réajuster afin de ne pas passer par une « sous-traitance » de l’hébergeur. Une solution pourrait être d’avoir recours à l’intermédiaire « relais des gîtes », mais cela impliquerait une augmentation de 15% des tarifs.

La gestion et la préservation des sites d’accueil de la Grue cendrée Le site d’Arjuzanx présente de vrais enjeux en termes de préservation dans la mesure où il s’agit d’un des dortoirs majeurs, accueillant une importante population de Grues cendrée. Le syndicat mixte de la Réserve mène une véritable gestion conservatoire sur le site, décrite dans le document d’objectif du site Natura 2000. Un Docob a également été validé en 2009 pour le site de Captieux (second dortoir d’importance, site militaire géré par l’ONF) par un Comité technique associant le Parc et d’autres acteurs de préservation de l’environnement. Cependant, il a été fait constat que le site se dégradait suite à une évacuation trop importante d’eau. Les exigences militaires (champ de tir de l’armée avec de gros enjeux économiques et de sécurité, requérant des milieux secs pour retrouver facilement les munitions) et la vocation « production bois » de l’ONF, font que le site est particulièrement drainé, au détriment des sites dortoirs.

La pérennité des sites dortoirs des grues est relativement bien assurée : les deux sites principaux ainsi qu’une grande partie refuges intermédiaires ont fait l’objet d’une maîtrise foncière (le site d’Arjuzanx par le CG, le camp militaire de Captieux par l’État, d’autres plus petits sites par la Fédération de Chasse…). Ils sont également protégés par des outils réglementaires ou contractuels : Natura 2000, ENS, Réserve naturelle…

Le Parc et les autres acteurs de Grus Gascogna recherchent donc à préserver les sites dortoirs mais ont moins de marges de manœuvre pour maintenir les sites d’alimentation. Or, par rapport à la disponibilité des zones refuge, les ressources alimentaires sont le facteur limitant de la capacité d’accueil du territoire des Landes de Gascogne. Cependant, les partenaires n’ont aucun moyen pour garantir la pérennité des parcelles en maïs, susceptibles d’être converties en autres cultures aux contrats plus attractifs (maïs doux, cultures légumières…) ou selon l’évolution de la PAC. L’agriculture du territoire est en effet industrielle, très liée aux opportunités. De très grandes parcelles peuvent donc être reconverties d’une année sur l’autre très rapidement, privant les grues d’une aire d’alimentation importante. Des « Contrats Grues » avaient été mis en place dans les années 90 jusqu’en 2011 : il s’agissait de MAE permettant un labour tardif visant à laisser les grains de maïs disponibles plus longtemps pour les grues. Cette opération locale a bien fonctionné (62 contrats signés) et a permis d’impliquer les agriculteurs à la préservation des grues. Mais la nature du contrat ne permettait pas de figer les parcelles en maïs grain et ne constituent donc pas un outil de pérennisation de l’hivernage de la Grue cendrée. Le Parc et les autres acteurs n’ont en réalité aucune visibilité à moyen terme de l’évolution de l’assolement. L’avenir de la ressource alimentaire des grues reste donc incertain.

En parallèle, on peut constater un déficit pluviométrique depuis plusieurs années, dû notamment au changement climatique. En 2011, le niveau des précipitations était 47% au dessous de la normale, ce qui est de nature à inquiéter fortement. Non seulement ce manque d’eau est préjudiciable au fonctionnement des sites dortoirs (les grues ont besoin de zones inondées), mais également pour la culture du maïs, principale ressource alimentaire de la grue.

Résultats/Perspectives : Un site internet est en cours de réalisation et sera très prochainement mis en ligne. Il est financé par l’Europe, la Région et le Parc.

Un cinquième observatoire serait intéressant à mettre en place au Nord du Camp du Poteau, afin de diversifier les sites d’observation (pour l’instant, 3 des observatoires sont sur le site d’Arjuzanx). Le Parc souhaite mobiliser les agriculteurs sur le volet valorisation (ils le sont déjà sur l’observation et le suivi) : organisation de sorties ou d’affuts photo sur leurs parcelles pour observer l’alimentation des grues. En 2010, un voyage d’étude a été organisé au Lac du Der afin de découvrir l’action menée par la LPO pour préserver les cultures de maïs. En Champagne Ardenne, les Grues font des ravages sur ces cultures dans la mesure où elles sont présentes lorsque le maïs est encore sur pied. Une solution développée par la LPO pour réduire les dommages est d’épandre des grains de maïs sur certains sites afin de canaliser les grues. Cette action permet en même temps d’assurer la quiétude de l’oiseau : le public peut ainsi observer facilement les grues les moins farouches sur ces secteurs où elles se concentrent, sans déranger les plus sauvages qui préfèrent les sites moins fréquentés.

Le Parc souhaite également développer la coopération internationale afin d’améliorer les connaissances, les échanges scientifiques, les moyens de préservation de l’oiseau et de ses milieux, ainsi que la valorisation/sensibilisation du public.

Atouts et limites : 

Atouts/ Opportunités :

  • La Grue cendrée n’occasionne pas de dégâts sur les cultures de maïs en Landes de Gascogne comme c’est le cas en Champagne-Ardenne car leur arrivée fait suite aux récoltes.
  • Les différents partenaires présentent des intérêts et objectifs communs, sans désaccord majeur, ce qui facilite la démarche collective et concertée.
  • Le développement de la population de Grues cendrées ne se fait pas au détriment d’autres espèces d’oiseaux (compétition inter-spécifique), excepté peut-être une compétition sur la ressource alimentaire avec les palombes, mais qui reste marginale. Au contraire, la Grue semblerait plutôt faire office d’espèce parapluie, donc utile à la préservation des autres espèces.

Difficultés rencontrées/ Limites :

  • Il n’y a pas encore d’outils mis en place pour évaluer une potentielle sur-fréquentation des sites par les touristes, ni pour estimer la capacité d’accueil du territoire pour les Grues cendrées. Cependant, les visites et animations sont réalisées de manière à sensibiliser les touristes sur les modes d’observations respectueux de la Grue, et le public paraît plutôt réceptif aux messages communiqués.
    De plus, on observe un phénomène d’accoutumance des grues aux visiteurs. Devenant moins farouches, elles sont également moins dérangées. Le Parc souhaiterait néanmoins une veille plus forte sur les sites de gagnage et une identification des zones sensibles pour la quiétude des grues.
Date de début : 
2005
Région : 
Nouvelle-Aquitaine
Type d'intervention : 
Participation - gouvernance - concertation
Partenaires : 

Chambre d’Agriculture des Landes, LPO Aquitaine, PNR Landes de Gascogne, ONF, Fédération des chasseurs des Landes, Réserve d’Arjuzanx, CG des Landes

Coût projet : 

34200

Fédération des Parcs naturels régionaux de France

9 rue Christiani
75018 Paris
Tél. 01 44 90 86 20