© PNR Massif des Buages
Centre de ressources

Reconquête paysagère de la Boucle d'Anneville

Objectifs : 

L’objectif pour le Parc est de maintenir et restaurer les écosystèmes tout en accompagnant le développement économique d’un site fortement marqué par l’activité industrielle d’exploitation de carrières.

Contexte : 

La boucle d’Anneville est formée par un des méandres de la Seine et concerne 6 communes (Yville-sur-Seine, Anneville-Ambourville, Berville-sur-Seine, Bardouville, Mauny et Caumont). Elle est particulièrement marquée par la déprise agricole (arboriculture) et l’activité d’exploitation de granulats qui a bouleversé l’organisation du paysage traditionnel. Depuis 1963, une multitude de carrières ont été créées (500 ha de plans d’eau suite à l’arrêt de l’exploitation), laissant au paysage l’aspect d’un « gruyère ».

Aujourd’hui encore, l’exploitation de cette boucle représente 60 % des ressources en granulats du département. Il ne subsiste désormais qu’un cordon périphérique constitué d’arbres fruitiers et têtards, de prairies humides ainsi qu’une haute terrasse occupée par la forêt de Mauny. Au centre, se concentrent de nombreux déblais en eau (ballastières) ou secs, des cônes de sables et graviers extraits… et un stockage conséquent de phosphogypses grisâtres. La biodiversité de la boucle est cependant remarquable. De nombreux milieux menacés (zones humides, pelouses sèches et acides…) et espèces remarquables (dont pique prune) de la boucle justifient de l’intérêt de sa préservation.

Pour faire face aux enjeux économiques et environnementaux de la Boucle d’Anneville, le Parc a élaboré un programme d’actions en concertation avec l’ensemble des acteurs du territoire afin de :

  • Limiter l’impact des carrières et accompagner leur réaménagement
  • Limiter l’impact de l’urbanisation en accompagnant la révision des documents d’urbanisme
  • Maintenir et restaurer la biodiversité devenue rare et menacée
Démarches et résultats : 

En 2001, le Parc a initié un projet « Reconquête paysagère et environnementale de la Boucle » avec l’ensemble des usagers et acteurs, comprenant différents volets :

  • Inventaires faune et flore
  • Gestion écologique des anciennes carrières
  • Enrichissement de la végétation arbustive (plantation d’arbres fruitiers et de haies)
  • Inventaire et préservation du réseau hydraulique
  • Valorisation pédagogique de la boucle

Ce programme a pu être mis en œuvre grâce à la sélection du projet présenté au Ministère de l’environnement, suite à l’appel à candidature « Qualité des paysages péri-urbains ». Le Parc a ainsi pu obtenir les financements de l’État. L’Europe (FEDER), la DREAL, l’Union des carriers, les communes, la communauté de communes, quelques particuliers et le Parc sont également co-financeurs de ce programme. L’étude préalable et le plan d’actions pour ce programme de reconquête ont été rendus en 2004. 5000 ha sont concernés par le projet.

Volet « inventaires » Le programme a été l’occasion pour le Parc de compléter les connaissances qui lui manquaient sur la biodiversité présente sur le site. Ainsi, des études ont été menées : peuplement des coléoptères des forêts alluviales, des invertébrés de milieux secs, de l’avifaune… Ces inventaires ont permis de démontrer la richesse écologique de la boucle.

Volet « Restauration des anciennes carrières» Il s’agit du volet le plus important du programme de reconquête de la boucle. Une expérience pilote « des tas dans des trous » a été menée (hors appel à projets) dans le cadre de ce programme afin de réaménager de manière écologique une ancienne ballastière (trou d’eau engendré par l’exploitation du sous-sol par les carriers) à Yville-sur-Seine. L’objectif était de remblayer cette ancienne carrière avec les sédiments de dragage d’entretien du Port de Rouen. L’intérêt de cette action est triple: alternative au réaménagement habituel des carrières, valorisation des sédiments de dragage des ports (habituellement stockés en chambre de dépôt à terre) et recréation d’écosystèmes humides. Cette action a fait l’objet d’une concertation et d’un travail commun entre le Grand Port Maritime de Rouen (GPMR), le PNR des Boucles de la Seine Normande, Carrières et Ballastières de Normandie, la commune de Yville-sur-Seine, les services de l’État, l’agence de l’eau Seine Normandie et l’Université de Rouen.

Le remblaiement des sédiments (1 Mm³ au total) a débuté en 2000 et s’est terminé en janvier 2008. Les matériaux provenaient des opérations d’extraction par drague aspiratrice de sédiments fins de la Seine, nécessaires pour l’accès des bateaux à Rouen. Ils ont été transportés sur 42 km depuis Rouen à Yville, par le fleuve dans le puits de la drague dans un premier temps, puis par voie hydraulique pour atteindre la ballastière située à 1000 m de la rive. Cette dernière, de 11 ha, présentait une profondeur initiale de 8 m.

Un comité de suivi de l’expérimentation, composé des services de l’État, du GPMR, de la commune d’Yville-sur-Seine, des carriers, des associations de protection de l’environnement et du Parc, a été mis en place pour établir le bilan de l’opération deux fois par an. Différents suivis ont été réalisés pendant cette période de remblaiement : suivi de la qualité des sédiments (analyses physico-chimiques réalisées par un laboratoire accrédité afin de juger de leur innocuité et de leur acceptabilité dans la ballastière) et de la quantité de matériaux déversée, suivi de la qualité et des niveaux d’eau.

Le réaménagement écologique du site a débuté suite au remblaiement, en 2008. Afin d’établir le protocole de restauration du site et de son suivi, un groupe de travail a été créé. Il était composé de la commune d’Yville, du Parc, des carriers, de la Police de l’eau, de la DIREN, d’un hydrogéologue ainsi que de l’Association de Protection de la presqu’île d’Anneville. Le projet de réaménagement avait pour objectif la recréation de trois habitats de milieux humides : une prairie humide tourbeuse, une mégaphorbiaie et un plan d’eau de faible profondeur. De la tourbe a été apportée par voie hydraulique par le carrier afin de recouvrir les sédiments sur 70 cm.

Des suivis ont ensuite été réalisés afin d’évaluer la colonisation naturelle des milieux restaurés :

  • Suivi du sol (reconstitution, fonctionnement, macrofaune) et de la végétation (suivi de la dynamique végétale) par le laboratoire d’Écologie de l’Université de Rouen (ECODIV)
  • Suivi des insectes, des oiseaux et des plantes aquatiques par le PNR
  • Suivi des hauteurs d’eau et de la qualité de la nappe d’eau souterraine et du plan d’eau, de la faune piscicole du plan d’eau, ainsi que de la topographie du site (contrôle de l’évolution du sol et des tassements) par le Grand Port Maritime de Rouen.

Les résultats sont encourageants et le suivi doit se poursuivre pour confirmer l’intérêt de cette opération.

En mars 2010, deux chevaux camarguais acquis par le Grand Port Maritime de Rouen, ont été mis en place sur la prairie humide tourbeuse, afin d’entretenir le milieu et d’éviter sa fermeture par la friche et le boisement. Une convention multi-partenariale a été signée en mai 2010 afin d’assurer la gestion de ces animaux : la commune d’Yville est chargée de la surveillance des chevaux, trois habitants de la commune procurent alimentation et soins, le carrier s’occupe de l’alimentation en eau et le Parc contrôle l’état corporel des animaux.

Cette expérience expérimentale et novatrice et la validation des suivis, permettent aujourd’hui d’envisager l’extension de cette solution à d’autres ballastières de la boucle, voire d’autres boucles de la Seine. Le remblaiement d’anciennes carrières par des sédiments issus du dragage présente des intérêts à la fois économiques, écologiques et paysagers. Il convient toutefois de continuer à encadrer scientifiquement chacun des remblaiements de ce type qui pourra avoir lieu dans le futur, chaque contexte écologique et hydrogéologique étant différent.

Volet « Plantations » Suite à un inventaire des vergers de la Boucle, le Parc a lancé en 2010 une campagne exceptionnelle de plantation de fruitiers (pommiers, poiriers, cerisiers et pruniers) afin de favoriser l’implantation de variétés indigènes. La commande groupée organisée par le Parc et financée à 80% par l’Europe, l’État et les communes, a permis aux candidats de bénéficier de tarifs avantageux. Seuls les tuteurs et les protections des plants étaient laissés à la charge des particuliers. Ces plantations constituent ainsi le prolongement naturel de la Route des Fruits qui serpente sur la boucle de Jumièges et qui fait l’objet d’un attrait touristique important.

Volet « Réseau hydraulique » Les fossés ont été créés à l’origine pour drainer les parcelles trop humides et évacuer les eaux de Seine lors des crues afin de conférer de bonnes conditions à l’arboriculture. Ils représentent également un support de biodiversité importante. Cependant, un maillage trop important peut être à l’origine de l’assèchement progressif de certains secteurs de la vallée, et donc nuisible aux espèces inféodées aux milieux humides. De plus, le rôle de ces fossés a pu être altéré par des pratiques de gestion mal adaptées, les laissant à sec une partie de l’année. Dans le cadre à la fois du projet de reconquête paysagère et du Contrat Global des Boucles de la Seine, le Parc mène une action de recensement et d’analyse des dysfonctionnements de ces réseaux hydrauliques, élément essentiel du paysage de la vallée de Seine. Le Parc souhaite en effet avoir de meilleures connaissances sur ces réseaux afin de pouvoir proposer des mesures de gestion adaptées aux communes, associations et habitants. Le maintien du réseau de fossés est important pour assurer une aptitude adéquate de la terre pour l’arboriculture, en déprise sur ce secteur.

Volet « Pédagogie » La valorisation pédagogique de la richesse de la boucle d’Anneville est essentielle à mener auprès des écoles des communes qui financent le projet. Le Parc a donc mis en place une animation pédagogique spécifique à cette boucle (ateliers sur les arbres têtards, les plans d’eau et leurs intérêts pour les oiseaux).

Un Comité de pilotage composé de tous les acteurs de la boucle a été créé pour définir les actions de ce programme de reconquête de la boucle et pour évaluer le suivi.

Résultats/ Perspectives :

Ce projet a permis :

  • De réaliser un travail de concertation et de coopération exemplaire entre les carriers, le Port de Rouen, les communes, les associations et les habitants
  • De faire prendre conscience aux élus des intérêts autres qu’industriels de la boucle
  • De sensibiliser les carriers qui font aujourd’hui la démarche d’aller voir le Parc avant le montage de dossiers
  • De lancer un projet de PLU intercommunal : à ce niveau, la boucle est exemplaire en termes de réflexion et de rassemblement d’acteurs au départ en complète opposition (élus, carriers, port, Parc, agriculteurs…).
Atouts et limites : 

Atouts/ Opportunités :

  • Le Parc dans son rôle de « territoire d’expérimentation » d’un nouveau moyen de valoriser les sédiments de dragage des ports
  • L’implication des différents acteurs de la boucle

Difficultés rencontrées/ Limites :

  • Une mise en place longue de l’action « un tas dans des trous » (10 ans) et un suivi encore nécessaire sur plusieurs années pour établir le bilan de cette opération
Date de début : 
2001
Région : 
Normandie
Type d'intervention : 
Expérimentation
Partenaires : 

Université de Rouen, Union des carriers, Grand Port Maritime de Rouen, DREAL Haute Normandie, Carrières et ballastières de Normandie, agence de l'eau Seine Normandie

Coût projet : 

269000

Fédération des Parcs naturels régionaux de France

9 rue Christiani
75018 Paris
Tél. 01 44 90 86 20