© PNR Massif des Buages
Centre de ressources

Valorisation économique du roseau

Objectifs : 

Réhabiliter et entretenir un habitat favorable à une espèce d’oiseau patrimoniale tout en développant une filière économique d’exploitation des roseaux et de valorisation en tant que matériau utilisé pour la confection locale et traditionnelle de toits en chaume.

Contexte : 

Dans les marais briérons, les roselières abritent de nombreuses espèces de faune et de flore, dont une espèce d’intérêt communautaire : le Butor étoilé (Botaurus stellaris). La population de Butors de Brière est la deuxième plus importante au niveau national, avec un peu plus de 10% de la population française venant se reproduire dans les roselières du marais.

Les roselières du marais étaient autrefois exploitées par les briérons qui venaient couper manuellement des roseaux afin de pouvoir réaliser la couverture en chaume de leurs habitations. Les chaumières sont un type d’habitation traditionnel en Brière, dont il reste actuellement de nombreux exemples (3000 couvertures végétales, 60% des chaumières françaises).
Cependant, il ne subsiste aujourd’hui plus qu’une poignée de coupeurs de roseaux à la main. Actuellement, les couvreurs du Parc utilisent des bottes de roseaux provenant principalement de Camargue mais aussi de l’étranger. Or, certaines roselières en l’absence d’entretien, évoluent naturellement vers un boisement progressif et n’offrent plus les conditions favorables à la reproduction du Butor étoilé. On assiste également à une extension de la roselière, qui envahit prairies et plans d’eau de faibles profondeurs, homogénéisant ainsi le milieu. Aujourd’hui, la roselière représente près de 80% de la surface totale du marais Indivis de Grande Brière Mottière.

Dans le cadre du Document d’Objectifs Natura 2000 « Grande Brière, Marais du Donges et du Brivet », le Parc essaye d’impulser une activité économique d’exploitation du roseau, favorable à la conservation des roselières. Outre l’enjeu environnemental d’entrave à l’atterrissement du marais et de garantie d’habitats favorables au Butor, l’exploitation du roseau permettrait d’alimenter une filière chaume locale, pour laquelle la demande est forte.

Le projet est donc à la fois environnemental (préservation du Butor), économique (constitution d’une filière chaume et maintien de l’artisanat) et social (maintien des traditions, lien entre les habitants et le territoire en utilisant des matériaux locaux pour les chaumières).

Démarches et résultats : 

Fin 2007, la Commission Syndicale de la Grande Brière Mottière s’est engagée dans un Contrat Natura 2000 expérimental « Restauration et entretien d’une roselière au profit du butor étoilé ». L’intervention mécanique de broyage ou de fauche du roseau permet en effet de redynamiser la croissance des phragmites. Monsieur Leray, un artisan chaumier local était chargé d’exploiter le roseau sur 60 ha de terrains appartenant à la CSGBM, sur le secteur de Tréhé. Cependant, des contraintes techniques largement sous-estimées et l’acceptation locale difficile, ont contraint à clore le contrat en 2009. Le développement de projets est en effet difficile sur le Marais Indivis, et plus particulièrement dans certains secteurs.

Fin 2009, un contrat similaire a été signé sur 5 ans entre la CSGBM et la DREAL, impliquant toujours le même artisan chaumier, mais cette fois-ci sur 25 ha dans le secteur de Kerfeuille. L’avantage de ce site est de présenter des conditions d’accès plus faciles et de meilleures relations avec les locaux.

Ce contrat prévoit différentes étapes durant ces 5 ans :

  • 1ere et 2e années : restauration de la roselière par broyage, exportation et valorisation (paillage ou panneaux de fibres)
  • 3e année : valorisation d’une partie de la roselière par fauche, exportation et valorisation (bottes de chaume)
  • 4e et 5e année : totalité de la surface de roselière exploitée jusqu’à 21 ha (4 ha non coupés sur les 5 ans permettent de constituer une « zone refuge »)

Les deux premières années, la restauration est financée à 100% par le Contrat Natura 2000.

Les années suivantes, les aides diminuent progressivement jusqu’à ne financer en 5ème année plus que le surcoût représenté par la zone refuge.

L’intervention mécanique sur un substrat tourbeux a nécessité de mettre au point des machines adaptées et spécifiques permettant d’intervenir sur des sols à la fois en limite de la flottabilité et de l’adhérence. Cette problématique n’est pas à ce point exacerbée sur les autres territoires exploitant du roseau, comme la Camargue où les terrains sont tout de même plus porteurs. Monsieur Leray a dû mettre au point des prototypes pour intervenir sur les parcelles du marais : un quad amphibie, une machine broyeuse de type taarup ainsi qu’une machine de coupe. Cette dernière est constituée d’une dameuse à neige équipée d’une barre de coupe de faucheuse lieuse permettant de couper et conditionner le roseau sous forme de botte. Les chenilles évitent aux machines d’exercer une pression trop importante sur le sol, permettant ainsi de ne pas dégrader le tapis rhizomique du phragmite lors du passage.
Le territoire de Brière présente également des conditions difficiles pour mécaniser l’exploitation des roseaux à cause de l’existence de trous de tourbage (ou « rendes »), difficilement visibles dans la roselière. Cette microtopographie est très intéressante du point de vue de la biodiversité, mais complique l’intervention des machines sur un terrain non homogène. En outre, le roseau de Brière arrive à maturité tardivement par rapport à d’autres régions. La récolte devant être réalisée en fin de végétation sur du roseau sec, elle peut être d’autant plus retardée par des épisodes pluvieux variables selon les années en Brière. Les niveaux d’eau du marais de Brière étant gérés sur l’ensemble du marais, et non à la parcelle comme sur d’autres territoires, le consensus qu’il faudrait établir avec les autres usagers est difficile, voire impossible à trouver.

Pour suivre l’effet de la restauration sur la roselière, un partenariat avec l’Université de Rennes I a été établi dans le domaine scientifique. Le projet intitulé « Resto-Rozo-Ichtyo » a été financé par le programme national « Ingénierie écologique » de l’IRSTEA et du CNRS, coordonné par l’UMR Ecobio du CNRS et l’Université de Rennes I. L’objectif de ce suivi est de mesurer les effets de la restauration mécanique du milieu afin d’orienter au mieux les opérations de gestion.

Résultats/ Perspectives : 
Pour le contrat Natura 2000 de Kerfeuille, 11 ha ont été fauchés durant l’hiver 2009-2010, et 20 ha l’année suivante. Le projet rentre aujourd’hui dans la phase de valorisation (coupe et bottelage pour l’activité de couverture). Cependant, la roselière ne s’est pas régénérée convenablement depuis les derniers passages : elle n’est aujourd’hui pas assez dense pour espérer produire du roseau chaume.

En effet, des suivis ont ainsi été réalisés en 2009 à Tréhé et en 2010 à Kerfeuille en collaboration avec l’Université de Rennes afin d’évaluer la croissance du phragmite après intervention mécanique, ainsi que l’adéquation des caractéristiques du roseau avec les attentes en terme de fourniture de chaume. Trois types de roselières ont été étudiés pour ce suivi :

  • Roselière témoin (absence d’intervention depuis des années)
  • Roselière standard aux attentes des chaumiers (récolte traditionnelle à la main)
  • Roselière expérimentale (exploitée mécaniquement)
    Des indicateurs de croissance ont été relevés : nombre de tiges par mètre carré, longueur des tiges jusqu’à l’inflorescence, diamètre des tiges à la base et biomasse sèche.

En 2009, la croissance du roseau avait montré une bonne réponse suite à la coupe. En 2010 cependant, les résultats de Kerfeuille n’ont pas été satisfaisants : la densité et la longueur des roseaux des sites expérimentaux étaient inférieures à celles des sites témoins et des sites exploités de manière traditionnelle. Les caractéristiques morphologiques des phragmites en cours d’analyse ne semblent pas répondre aux critères d’un roseau chaume de qualité.
De plus, il a été remarqué l’apparition d’espèces végétales de milieux ouverts, attestant que l’action avait plus un résultat de « mutation du milieu » plutôt que de « restauration du milieu ». L’effet « redynamisation de la roselière » de l’exploitation mécanique n’a donc à ce jour pas eu les effets escomptés. Reste à comprendre pourquoi la roselière n’a pas repris (fragilisation des rhizomes lors du passage, éclatement de la fibre de la tige lors du broyage…). Les rhizomes des roseaux sont sensibles à l’écrasement, or, l’exploitation se fait en hiver lorsque les sols sont le plus sensibles au tassement. Les difficultés de mise en œuvre, les tâtonnements, le risque d’échec font cependant partie de la règle des projets d’expérimentation.

Des suivis ont également été menés afin d’évaluer les effets de l’exploitation mécanique sur la biodiversité floristique et ichtyologique de la roselière.

Lorsque les problèmes mécaniques et de reprise des phragmites seront résolus, l’exploitation de la roselière pourra donner 800 à 1000 bottes/ha. Ces bottes exportées de la parcelle devront être retriées afin d’éliminer les végétaux indésirables. Après tri, le rendement serait de 500 à 600 bottes/ha. Elles pourraient être à priori vendues un peu en dessous du prix de vente du roseau Camarguais. Les chaumiers locaux seraient donc très favorables à la mise en place d’une filière chaume dans les marais de Brière.

Atouts et limites : 

Atouts/ Opportunités :

  • Un marché existant : la demande locale est forte pour le roseau chaume, surtout que l’offre est inférieure aux besoins. 14 entreprises font de la couverture avec du roseau provenant de Camargue. Le roseau de Brière permettrait de « concurrencer » les roseaux des autres provenances et de maîtriser les prix.
  • Des connaissances dans le machinisme : l’intervention de Monsieur Leray dans le projet est précieuse pour relever le challenge technique de cette opération.

Difficultés rencontrées/ Limites :

  • Des conditions très difficiles sur le marais de Brière : un sol peu porteur et hétérogène, une pluviométrie variable, des niveaux d’eau impossibles à gérer à la parcelle •Une acceptation locale qui peut être difficile (à Tréhé)
  • Des résultats non satisfaisants : la repousse du roseau peut s’avérer difficile après intervention mécanique.

Des efforts restent à fournir pour comprendre pourquoi et comment y remédier. Ces écueils ne constituent toutefois pas un échec, car ce sont le propre d’une expérimentation.

Date de début : 
2010
Région : 
Pays de la Loire
Type d'intervention : 
Protection - préservation
Partenaires : 

Commission Syndicale de la Grande Brière Mottière, DREAL Pays de la Loire, FEDER, Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), Université de Rennes I

Coût projet : 

87391

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