© PNR Massif des Buages
Centre de ressources

Services rendus par les Marais des Baux : bilan de 7 années de réflexion, de concertation et de planification

Objectifs : 
  • Envisager l'avenir des Anciens Marais de Baux
  • Favoriser une gestion globale et concertée des Anciens Marais des Baux
Contexte : 

Les Anciens Marais des Baux est une zone humide qui abritent 222 espèces d'oiseaux allant du héron pourpré, à l'aigle de Bonelli. Connus aussi pour être à l'automne le plus grand dortoir d'hirondelles rustiques de France, les Marais des Baux constituent un réservoir de biodiversité : on y dénombre 49 espèces de libellules, 13 espèces de chauves-souris, 9 espèces d'amphibiens dont le pélobate.
Les Anciens Marais des Baux est un site communautaire classé Natura 2000 où l'on peut y observer la tortue Cistude et parcourir des habitats naturels remarquables (forêts à peupliers blancs, laurons, marais à marisques, prairies humides...). Ils se situent entre Crau et Alpilles, au coeur de la Vallée des Baux, caractérisée par une dépression géologique dont les 2000 hectares de terre oscillent entre -1 m à 2,5 m d'altitude. Résurgences et bassin versant expliquent que la zone soit constament alimentée en eau. Le territoire agricole est asséché et parcouru de canaux.

On constate plusieurs marais relictuels et une imbrication de milieux secs et de milieux humides. La crue du Rhône en décembre 2003, responsable d'inondations touchant la Vallée des Baux sur 2700 hectares, a mis l'index sur ces marais "oubliés". Depuis 2006, un partenariat original a été mis en place réunissant l'association A Rocha, qui a pour mission d’animer le processus de concertation, le PNR des Alpilles depuis 2004, et, point d'orgue du partenariat, la coopération public/privé pour gérer et restaurer les marais oubliés.

Démarches et résultats : 

La gestion des Anciens Marais des Baux a été appréhendée en 2 phases distinctes.

  • La Phase 1, dite de concertation, ayant pour but d'envisager l'avenir des Anciens Marais des Baux, suite aux inondations.
    L'objectif était de rassembler les acteurs et d'échanger des perceptions (fonctionnement, atouts, faiblesses...), d'explorer des voies de développement durable, de développer de nouvelles solidarités. Il s'agissait aussi de mieux intégrer les valeurs et fonctions d'une zone humide très dégradée : ​lutte contre les inondations, épuration de l'eau, régulation du climat, réservoir de biodiversité, support d'activités économiques.
    Les enjeux de cette concertation étaient de mettre en évidence toutes les visions alimentées qui coexistaient sur le territoire : les résistances au changement et les questions relatives aux acquis de terres agricoles et à l'omniprésence des moustiques induite par les marais. Autres enjeux : libérer la parole ; prendre en compte le contexte foncier obligeant à prévoir la coexistence entre intérêt général / intérêt privé, et concilier activité agricole, protection des espèces et restauration des milieux.

Les moyens de la concertation : Il a fallut mettre en place des instances : un comité de pilotage constitué de bailleurs, élus, experts ; un comité local de concertation où tous les acteurs étaient concernés ; des groupes de travail. La ligne de conduite appliquée était de permettre à chacun de dire ce qui devait être dit, que rien de ce qui était dit ne soit perdu, et de créer un climat d'écoute et de respect mutuel. Le propos était de ne pas se substituer. aux décideurs légitimes, mais d'apporter une aide à la décision. Au total ce sont 7 réunions du comité local de concertation de 2006 à 2010 et plus de 200 personnes qui ont été impliquées dans cette démarche participative. Les acquis de la concertation : les études engagées ont permis de retracer l'histoire des Anciens Marais des Baux et de comprendre toute la portée sociologique "des Marais oubliés de la Vallée des Baux". Tous les aspects relatifs à la diversification agricole, le tourisme, la présence du moustique et de la biodiversité ont pu être abordés. Les groupes de travail se sont penché sur l'Histoire, les problématiques liées aux loisirs et à la fréquentation, sur l'agriculture et le tourisme. En ce qui concerne le volet pédagogique, des conférences, des livrets, visites de sites et programme pédagogique ont été élaborés, relayés par le site internet des Marais-des-beaux.

  • La Phase 2 : engager l'action.
    L'animation d'une réflexion pour favoriser une gestion globale et concertée des Anciens Marais des Baux a été menée. A ce titre, des plans de gestion sur trois sites pilotes avec des propriétaires volontaires ont vu le jour. Le diagnostic partagé qui en ressort comprend quatre axes : nécessité de connaître la richesse biologique des sites, d'identifier les pratiques, de prendre en compte l'intérêt général et de définir les enjeux avec les propriétaires. Un plan d'action adapté et budgeté doit suivre : il est prévu que sa mise en oeuvre court sur une durée de 5 ans, avec des objectifs clairs et recourant à des actions précises, et dans lequel le rôle de chacun est bien défini.
    Des études sur chaque site sont menées : hydrologie, flore, faune, moustiques, changements d'usages et d'activités, outils de suivis, CO2. Des actions de préfiguration prévoient entre autres, la restauration de haies et de ripisylves, de marais (débrouissaillement), de mares temporaires et la confection d'abris de chauves-souris. Conférences, sorties de terrains, programmes pédagogiques, édition de posters, font partie des actions de sensibilisation à comptabiliser.

Les perspectives après la phase 2 sont identifiables : concrétisation des plans de gestion, reconnaissance d'un des sites par une RNR, extension de la démarche à d'autres propriétaires volontaires, maintien du dialogue entre les acteurs, cohérence avec les autres actions au sein du territoire, et surtout valorisation et reconnaissance par les différents décideurs des services rendus par ces marais oubliés. En effet, l'anoxie des sols associée à des remontées de nappes salées a fortement impacté sur le rendement, agravé par la pratique de cultures intensives. Le coût du pompage s'élève à 20 000 euros pour 300 hectares. Pour les terres plus basses et humides, le retour à des paturâges et prés de fauches a été mené.
L'étude d'une exploitation de type céréalières, caractérisée par une diversification roseaux et prairies, a permis de dégager une marge de 42 %. Quant aux services rendus pour l'eau, la présence des marais a permis de divisé par 5 la pollution des sols en nitrates, ammonium et phosphates et a contribué à l'épuration. Actuellement 15 millions de m³ par mois d'eau douce assez pure sont poussées vers la mer. Services rendus : inondation. Il fallait auparavant consacrer des millions d'euros à l'entretien des digues et ouvrages d'assèchement. Un bilan sans appel : sur la qualité et la quantité d'eau, sur l'extension des crues, l'énergie économisée, la pollution phytosanitaire épargnée, la qualité des sols maintenue, la production agricole (cynégétique), la biodiversité et le paysage.

Atouts et limites : 

Atouts :
Des pistes et des perspectives de valorisation doivent être étudiées et faire l'objet d'une réflexion, notamment en matière de tourisme, des puits de carbonne, de l'épuration des eaux usées (STEP) et des possibilités de diversification économique : cannes de provence, pêche, biogaz, spiruline etc. Enfin la portée culturelle des marais réhabilités dans l'imagerie collective façonne l'identité d'un territoire. Limites : les limites de la connaissance de phénomènes parfois très complexes qui empêchent de tout rationaliser ; une aide à la décision dans un contexte de gouvernance mal définie ; les limites du chiffrage et de la valeur que l'on attribue aux choses (comment chiffrer ce qui n'a pas de prix ?) ; une approche utilitariste des éléments naturels (risques de récupération) ?

Date de début : 
2006
Région : 
Provence-Alpes-Côte d'Azur
Type d'intervention : 
Expertise technique
Maîtres d'ouvrage : 

Parc naturel régional des Apilles

Partenaires : 

Association A Rocha

Fédération des Parcs naturels régionaux de France

9 rue Christiani
75018 Paris
Tél. 01 44 90 86 20
 

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