Edito : L’été arrive, le paysage nous remet dehors par Philippe Gamen, Préisdent de la commission Urbanisme, Paysage, Climat et Energie
L’été arrive, et avec lui cette invitation très simple à regarder autrement les paysages que
nous habitons, traversons, visitons ou transformons. Ce nouveau numéro du Lien paysage,
urbanisme et architecture arrive au bon moment : au moment où les chemins se
fréquentent davantage, où les communes s’animent davantage, où les jardins, les forêts, les
espaces publics, les rivières et les paysages du quotidien redeviennent pleinement des lieux
vus, sentis, ressentis.
Cette attention au paysage prend aussi une résonance particulière dans l’actualité récente.
L’objectif de zéro artificialisation nette a été, à plusieurs reprises, discuté, contesté ou remis
en cause dans le débat parlementaire, notamment à l’occasion de la loi de simplification de
la vie économique. Le Conseil constitutionnel a finalement censuré les dispositions
d’assouplissement du ZAN, non pas en tranchant le débat de fond sur la sobriété foncière,
mais parce qu’elles constituaient des cavaliers législatifs, sans lien suffisant avec le texte
initial. Cette décision ne ferme donc pas le débat politique, mais elle rappelle que la
transformation de nos modèles d’aménagement ne peut se résumer à des contournements
successifs. Elle appelle au contraire du projet, de l’ingénierie, du dialogue territorial et une
capacité collective à faire mieux avec le déjà-là. Cette question de l’ingénierie a d’ailleurs
été au cœur du débat de la dernière commission Urbanisme, Paysage, Climat et Énergie,
s’appuyant surtout sur les pratiques des Parcs et la nécessité politique de garantir des
moyens pour la mise en œuvre du projet de territoire.
Les articles réunis ici répondent précisément à cet enjeu. Ils montrent que le paysage n’est
pas seulement un décor estival ou une carte postale. Il est une manière concrète de penser
l’action publique, de relier les transitions écologiques aux usages, les politiques
d’aménagement aux habitants, les documents d’urbanisme aux réalités du terrain. Les Plans
de paysage, les trames écologiques, l’évolution qualitative des zones pavillonnaires ou
encore les politiques de l’habitat montrent combien les Parcs naturels régionaux savent
croiser les enjeux d’urbanisme, de biodiversité, d’architecture, d’ingénierie et de qualité du
cadre de vie.
L’exemple des Fenêtres de paysage du Parc naturel régional des Vosges du Nord illustre
particulièrement cette ambition. Ces microarchitectures installées le long des parcours ne
cherchent pas seulement à cadrer une belle vue. Elles invitent à faire une pause, à écouter
les lieux, à reconnaître la valeur des paysages discrets et quotidiens. À l’heure où l’été remet
les habitants et les visiteurs sur les sentiers, elles rappellent que regarder un paysage, c’est
déjà commencer à en prendre soin.
La « méthode paysage », portée par le réseau des acteurs du paysage, prolonge cette idée :
le paysage est un outil politique, démocratique, économique et environnemental. Il permet
de construire des visions partagées, de rendre les transitions plus lisibles, plus désirables, et
surtout plus ancrées dans les territoires. C’est aussi le sens de l’enquête lancée sur les
trames écologiques, qui vise à mieux comprendre comment les continuités du vivant se
traduisent dans la planification, les projets d’aménagement et les démarches paysagères.
Ce numéro rappelle également que les transitions ne se décrètent pas uniquement depuis
les dispositifs nationaux. L’article consacré à l’ ANAH montre que les financements ont besoin
d’ingénierie locale, d’accompagnement et de projet. Celui sur le Défi Familles à biodiversité
positive souligne que les gestes du quotidien, jardiner autrement, réduire l’éclairage,
favoriser les espèces locales, repenser ses pratiques, transforment eux aussi le cadre de vie,
modestement mais réellement.
En ce début d’été, ce numéro invite donc à une attention renouvelée : regarder les paysages,
non comme des images figées, mais comme des biens communs vivants. Les Parcs naturels
régionaux y jouent un rôle essentiel : relier, accompagner, expérimenter, transmettre. Et
rappeler, finalement, que le paysage est l’un des plus beaux chemins pour faire entrer les
transitions dans la vie quotidienne.